Cigognes des poubelles

29/01/2016

Faune & Flore

Suivies par GPS, des cigognes ont été vues en train de réduire leur route migratoire pour profiter de la nourriture offerte par des décharges. Une stratégie qui leur permet d'économiser de l'énergie.

Sur les ordures ménagères que les engins enfouissent, des nuées d'oiseaux cherchent pitance. Les cigognes blanches craquettent. Dans les airs, leurs silhouettes se croisent et s'entrecroisent sans heurts. Au sol, leur bec fouille les déchets à la recherche de quoi festoyer...

Les chercheurs qui travaillent sur la migration de ces oiseaux ont rémarqué des changements dans les comportements migratoires. Ils en retirent la conviction que les choix effectués par les oiseaux sont bien influencés par les gains de temps et l'économie d'énergie.

Les oiseaux étudiés partaient de huit pays  différents, à savoir :  l'Arménie, la Grèce, la Pologne, la Russie, l'Espagne, l'Allemagne, la Tunisie et l'Ouzbékistan. Les plus courageuses, mais aussi les plus dépensières en énergie, sont les cigognes de Russie, de Pologne et de Grèce. Elles sont parties hiverner en Afrique du Sud, parcourant ainsi 16.500 km. Les oiseaux de Tunisie, d'Espagne et d'Allemagne ne sont pas allés plus loin que la bande sahélienne, volant en moyenne 4.867 km. Les cigognes arméniennes ont choisi le nord du Golfe Persique, soit une migration inférieure à 1.000 km. Enfin, les oiseaux d'Ouzbékistan n'ont pas quitté le pays !

Des décharges appétissantes
Les cigognes partant en Afrique du Sud ont eu une dépense énergétique plus importante, malgré les stratégies déployées pour économiser les forces. Si ces oiseaux ont en effet parcouru une distance 3,4 fois supérieure aux autres colonies, ils n'ont en revanche dépensé que 1,3 fois plus d'énergie que celles s'arrêtant au Sahel. Les cigognes utilisent en effet les hautes couches de l'atmosphère pour se laisser pousser par les vents portants, diminuant ainsi les battements d'ailes. Pour les migrants du sud du Sahel, les chercheurs notent qu'une partie de ces populations ne tentent même pas de traverser le Sahara. Les localisations GPS montrent que ces cigognes hivernent à proximité des grandes villes notamment au Maroc et en Espagne. Elles sont attirées par les décharges riches en déchets organiques provenant de la consommation humaine. Cette source inépuisable de nourriture leur permet ainsi de diminuer les efforts de migration. Quant aux cigognes ouzbèkes, leur comportement proviendrait de la proximité de fermes piscicoles leur fournissant la nourriture pour tout l'hiver.

Quels effets sur l'écosystème ?

Ces travaux viennent confirmer les observations sur les cigognes hivernant sur les décharges en Espagne et dans le nord du Maroc. Ces changements d'habitude de vie doivent avoir des effets sur l'espèce mais aussi sur leur écosystème. Les chercheurs proposent ainsi de tenter d'évaluer le taux de mortalité induit par une vie près des hommes et par les empoisonnements par ingestion de déchets non comestibles. Par ailleurs, les cigognes se nourrissent beaucoup en Afrique d'insectes et notamment de crickets. Il faudrait donc étudier les conséquences de la diminution des migrateurs sur les populations de ces ravageurs des récoltes.

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