L’heure du bain à l’époque romaine

Patricia ANTAKI-MASSON | 21/04/2017

Patrimoine

«Un esprit sain dans un corps sain», voici un célèbre précepte appliqué à la lettre à l'époque romaine grâce à la profusion de bains publics présents dans toutes les villes de l'Empire, dont celles du Liban.

Des vestiges substantiels d'établissements thermaux se nichent au cœur des sites archéologiques de nos villes majeures. Ainsi, à Beyrouth, les fouilles en ont révélé plusieurs. À Tyr, on peut admirer un impressionnant complexe thermal impérial sur la partie insulaire et des thermes en relation avec l'hippodrome sur le site d'el-Bass. À Baalbek, c'est à proximité du complexe culturel, sur le site de Bustan el-Khan, que l'on découvre d'autres thermes impériaux. Des bains plus modestes se visitent sur l'antique site de pèlerinage de Deir el-Kalaa à Beit-Méry.

Des health clubs très prisés
Pas de salle de bain à l'époque romaine. Pour se laver, on se rendait donc tous les jours aux thermes. Outre les soins corporels comme les massages ou la coiffure, on pouvait également y pratiquer des activités sportives comme dans les deux palestres de Tyr, manger, lire, assister à des spectacles ou simplement se détendre.

Des thermes de tout genre
La plus grande concentration de thermes se rencontrait dans les différents quartiers des villes, telles Beyrouth, Tyr ou Baalbek. D'autres thermes étaient associés à des bâtiments particuliers, comme ceux du théâtre de Byblos (aujourd'hui disparus), ou ceux de l'hippodrome de Tyr, réservés aux deux équipes rivales, celle des Bleus et celle des Verts. Les bains étaient fréquentés par tous, riches et pauvres, hommes et femmes, à des heures différentes.

Un parcours traditionnel
Une fois dans les thermes, on ôtait ses vêtements dans le vestiaire, ou apodyterium, puis on se dirigeait vers la salle tiède, ou tepidarium, et ensuite vers la salle la plus chaude, le caldarium, pour finir dans la salle froide, le frigidarium.

Que d'eau, que d'eau
Presque toutes les salles étaient équipées de cuves où l'usager pouvait se laver et s'asperger d'eau. Ainsi, sur le site des salles chaudes de deux thermes de Beyrouth (sous le Sérail et à Saïfi), se dressent encore les grandes vasques, ou labrum. Les réservoirs les plus importants étaient les natatio, ou piscines du frigidarium, qui clôturaient le parcours, comme celles dont les vestiges ont été trouvés à Tyr. L'eau utilisée était acheminée vers la ville par le biais d'un aqueduc où elle se déversait dans de grands réservoirs. C'était ensuite tout un réseau de canalisations en terre cuite qui la conduisait vers les thermes. Là, elle était stockée dans des citernes, comme celles, monumentales, qui se trouvent sous la mosquée Omari de Beyrouth.

Un système de chauffage ingénieux
Les salles chaudes étaient chauffées par hypocauste : l'air chaud provenant de foyers situés à proximité circulait en sous-sol entre des pilettes de brique. Les fumées du foyer étaient évacuées par des conduites en terre cuite, les tubuli, placées dans l'épaisseur des murs, ce qui, par la même occasion, contribuait également à chauffer les pièces.

Une déco soignée
En plus du soin apporté à l'architecture de ces monuments (portiques, colonnes, arcades, voûtes, etc.), les salles des thermes offraient au regard de beaux murs peints ou plaqués de marbre et des pavements en marbre ou en mosaïque à motifs gais et variés. À Tyr, une grande salle à colonnades (longtemps confondue avec une voie) flanquait le complexe thermal et comprenait un sol en mosaïque plus tard remplacé par un sol en marbre de Proconnèse (provenant de la mer de Marmara). Des jardins et des fontaines complétaient parfois l'ensemble, égayés par de belles statues, comme c'était le cas à Tyr.

Le nécessaire de bain
Une trousse complète de bain incluait un petit pot, ou aryballe, qui renfermait de l'huile parfumée, une éponge, une pierre ponce, un miroir, une pince à épiler, un cure-oreille, un peigne et un strigile. Celui-ci était une sorte de racloir en bronze dont on se servait pour débarrasser la peau des impuretés.

Un peu d'histoire
Ce sont les Grecs qui, les premiers, lancent la mode des bains collectifs dès la fin du Ve siècle av. J-C. En Italie, les riches adoptent très vite le concept et aménagent chez eux des bains privés. Quant aux premiers bains publics, ou thermes, ils voient le jour à Rome sous Agrippa en 19 av. J-C. Leur usage se développe bientôt à travers toutes les villes de l'Empire, offrant ainsi aux citadins un mode de vie «à la romaine». Une tradition qui se poursuit à l'époque byzantine.

À savoir :«Thermae» et «Balnea»

Thermes vient du latin thermae, lui-même dérivant du grec thermos qui signifie chaud.
Bains vient du latin balnea, lui-même dérivant de balnéion utilisé par les Grecs pour désigner les bains.

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