Cœur battant

Stéphanie Jabre | 26/02/2019

Santé

Campagne

L'arrêt cardiaque est la cause majeure de mort subite dont souffre une personne sur 1000 chaque année dans le monde*. Comment se protéger ?

Yohan avait 18 ans quand son cœur a lâché suite à un arrêt cardiaque subit. Étudiant en médecine, son rêve était de sauver des vies. Pour concrétiser son rêve, ses parents fondent Yohan for Life, une ONG dont le principal objectif est de sensibiliser les jeunes au risque d'arrêt cardiaque subit (ACS) afin de sauver des vies, comme Yohan l'aurait voulu. «J'agis au nom d'une mère meurtrie par la mort de son fils afin d'empêcher que d'autres parents vivent ce drame, raconte Rita Harouny, présidente de Yohan for Life. Notre douleur est ainsi transformée en énergie positive. Il ne faut pas prendre les troubles du cœur à la légère. J'encourage tous les jeunes à partir de 15 ans à faire un dépistage cardiaque», poursuit-elle. «Il n'existe pas de chiffres officiels sur les morts subites d'origine cardiaque au Liban (MSOC), précise le Dr Mario Njeim, cardiologue et rythmologue à l'Hôtel-Dieu, chargé d'enseignement à l'Université Saint-Joseph et vice-président à Yohan for Life. Toutefois, personne n'est intouchable. Les jeunes (15 à 35 ans) doivent se protéger et rechercher une aide médicale, si des signes alarmants se présentent.»

Sauver des vies
«La sensibilisation à l'ACS commence par l'encouragement au dépistage cardiaque, explique Rita Harouny. Cet examen est indolore et permet au jeune de percevoir une éventuelle faiblesse au cœur qui nécessite un suivi médical plus approfondi. Nous voulons surtout former les jeunes aux gestes simples de premiers secours qui peuvent sauver des vies. Ces gestes de CPR peuvent inverser une situation de mort : s'ils sont faits 3 à 5 minutes après l'arrêt cardiaque, ils peuvent nous faire gagner du temps jusqu'à l'arrivée des secours, et sauver ainsi la personne. Nous avons posté sur notre page Facebook plusieurs témoignages de jeunes qui ont su, après avoir appelé les secours dans leur pays, réaliser un massage cardiaque. Ce qui a sauvé une personne adulte de leur famille. Nous intervenons dans les écoles, municipalités et associations, pour former à ces soins-là. Nous faisons la donation d'un défibrillateur à l'établissement visité, qui est également un appareil de survie en cas d'ACS», ajoute Rita Harouny.
«La formation au Basic life support afin d'apprendre à réagir face à un arrêt cardiaque est une formation qui manque au Liban, déplore Dr Mario Njeim. Peu de gens sont formés à ce savoir-faire qui apprend également à toute personne comment utiliser un défibrillateur automatique, favorisant la réanimation d'un individu atteint d'une crise cardiaque. La présence de cet appareil là où un arrêt cardiaque pourrait survenir, peut augmenter la chance de survie. Notre association se charge d'assurer le training, afin de répandre l'apprentissage des gestes simples et vitaux. Je pense même qu'il faudrait intégrer l'apprentissage du Basic life support au cursus scolaire», lance Mario Njeim.

Questions à Dr Mario Njeim

Qu'est-ce que la mort subite d'origine cardiaque?
La mort subite d'origine cardiaque est un arrêt cardiaque dû à un trouble du rythme cardiaque appelé une arythmie. Le cœur, qui possède une fonction de pompe, arrête de fonctionner et de perfuser le sang vers les organes vitaux, principalement le cerveau. Ce qui aboutit au bout de 3 à 5 minutes à une mort irréversible puisque le cerveau ne reçoit plus de sang.

Que se passe-t-il lors d'un arrêt cardiaque?
L'activité du cœur se propage en 4 chambres: 2 chambres supérieures qu'on appelle les oreillettes et 2 chambres inférieures, les ventricules. Normalement, l'activité électrique commence au niveau des chambres supérieures et progresse vers les chambres inférieures du cœur. Lors d'une arythmie, c'est le plus souvent un rythme électrique très rapide, une tachycardie, qui commence dans les chambres inférieures du cœur et non l'inverse. Comme le rythme est anormal, rapide et chaotique, la fonction de pompe du cœur ne fonctionne plus et le sang arrête de circuler. Résultat: une mort subite. Inversement, un rythme lent ou inexistant peut également aboutir à une mort cardiaque: il s'agit d'une asystole.

Quelle est la différence entre un infarctus et un arrêt cardiaque?
Lors d'un infarctus, l'une des artères du cœur est bouchée et une partie du cœur ne reçoit pas d'oxygène, d'où l'infarctus. L'arrêt cardiaque est provoqué par un trouble de l'activité électrique. Toutefois, arrêt cardiaque et infarctus sont liés: les personnes victimes d'un infarctus sont plus vulnérables et prédisposées à un arrêt cardiaque.

Quels sont les facteurs qui mènent à une MSOC?
Plusieurs types de maladies et de problèmes cardiaques pourraient affecter les jeunes et les plus âgés prédisposés à une mort subite d'origine cardiaque. (MSOC)
1re catégorie: Une maladie des artères coronaires qui nourrissent le cœur. Deux tiers des arrêts cardiaques, soit 70% des cas, sont dus à une maladie des artères. C'est la cause majeure de mort subite d'origine cardiaque.
2e catégorie: Les problèmes qui affectent les muscles et les valves: génétiquement, le muscle du cœur est prédisposé à être faible et réduit ainsi sa capacité à pomper le sang vers le reste de l'organisme. La cause peut ne pas être génétique mais due à des produits toxiques ou un virus qui affaiblissent le muscle du cœur.
3e catégorie: La maladie des canaux ioniques : l'échange des ions qui régissent l'activité électrique du cœur est anormale, comme le sodium ou le potassium qui crée l'électricité. Ce problème peut engendrer des troubles du rythme et par conséquent un arrêt cardiaque subit.

Comment se protéger et prévenir ces facteurs?
On a le «pouvoir» de prévenir certains «facteurs modifiables» qui dépendent de notre mode de vie tels que le tabagisme, l'alcoolisme, le sédentarisme, l'obésité et la consommation de certains stimulants ou drogues. En changeant notre mode de vie, on peut réduire ces facteurs de risques traditionnels qui conduisent à une maladie des artères coronaires provoquant l'arrêt cardiaque. En revanche, les facteurs non modifiables sont les facteurs génétiques, fréquents au Liban, comme les maladies familiales de cholestérol qui prédisposent l'individu à avoir des problèmes de cœur ou d'arrêt cardiaque.

Qu'en est-il du dépistage cardiaque ou screening?
Il peut être utile pour le dépistage d'un problème cardiaque. Appliqué aux athlètes et aux jeunes, il comporte une série de questions liées aux symptômes des difficultés à respirer, aux douleurs thoraciques, aux palpitations ressenties, aux rythmes de battement du cœur, à la perte de connaissance... Si ces symptômes existent, cela est inquiétant et nécessite une investigation cardiaque. S'il existe des problèmes de cœur dans la famille, on soumet le jeune à un interrogatoire et à un examen plus poussé pour s'assurer qu'il ne présente pas les signes d'une maladie cardiaque. Cela permet également la détection de problèmes de tension qui sont parfois possibles chez les jeunes. À cela s'ajoute l'examen de l'électrocardiogramme qui donne des informations additionnelles sur l'état du cœur.
Attention! Il est essentiel de bien passer l'électrocardiogramme mais surtout de bien l'interpréter par des professionnels du métier. Les jeunes ont souvent des variantes de la normale à l'ECG, qui ne sont pas alarmantes. Si on n'est pas expert dans le domaine, on pourrait créer des anxiétés inutiles ou au contraire, conforter des gens alors qu'ils ont un problème qu'on n'a pas su détecter. L'expertise est fondamentale dans ce genre de dépistage de masse chez les jeunes, conclut Mario Njeim.

Contacts : Facebook : https://www.facebook.com/Yohanforlife/
Web : http//yohanforlife.org/

* Selon l'Organisation mondiale de la santé.

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