Lebanon On Wheels 2019

Stéphanie Jabre | 25/10/2019

actu ados

Initiative

Pédaler 1450 km en Europe en 17 jours et récolter 10000 euros pour les «amis» patients à l'hôpital psychiatrique de La Croix: un exploit réalisé par Alexandra Lichaa, Diane Moussa et Mivida Bou Assi.

C'est la 4e édition de «Lebanon On Wheels» que réalisent, chaque été, de jeunes volontaires engagés dans l'Ordre de Malte. Les équipes se relayent mais leur objectif est le même: pédaler en Europe pour ramasser des fonds qui subviendraient aux besoins des «guests» qui participent aux camps organisés par l'Ordre de Malte au Liban, dans leur centre de Chabrouh.
«Je me souviens encore de ce que j'ai ressenti à la fin de mon 1er camp avec l'Ordre de Malte en 2014, raconte Alexandra Lichaa: nos amis les malades de Deir el-Salib qui ont reçu beaucoup d'affection, étaient tellement heureux, que depuis je n'ai jamais arrêté de participer aux camps chaque été. L'été dernier, Mivida et Diane ont décidé de former la prochaine équipe de Lebanon On Wheels. J'étais présente durant les préparatifs: la reconnaissance du trajet à pédaler, la recherche de sponsors, les entraînements à vélo de Dbayeh à Beyrouth puis de Batroun à Byblos, la formation technique pour apprendre à réparer un vélo, le kilométrage... Peu de temps avant le départ, j'ai dû partir avec elles. Mivida n'ayant pas obtenu un visa pour toute la durée du projet.»

Pédaler pour une cause
Le tour à vélo de cette année était dédié à Moussa, Yemen, Joey et Oussama de l'Hôpital psychiatrique de la Croix. La psychomotricienne engagée auprès de Moussa atteint d'IMC (infirmité motrice cérébrale) a pu réaliser avec lui de grands progrès: Moussa n'a pas de retard intellectuel, mais il ne peut pas bouger. Grâce aux exercices, il a réussi à bouger le pouce et l'index. «Le mouvement de ses deux doigts permet à Moussa de se déplacer sur une chaise roulante électrique et de devenir plus libre, explique Alexandra. Il parviendra également à lever sa main pour se protéger, vu qu'au pavillon de Deir el-Salib où il vit, ils sont 80 guests encadrés par 4 infirmières, ce qui est souvent insuffisant. Pour améliorer la qualité de vie de Moussa et de ses amis, nous allions pédaler pour récolter des fonds qui leur permettront de payer le salaire d'une psychomotricienne permanente à l'hôpital, et d'aménager une salle de psychomotricité. Nous formions deux équipes qui se relayaient entre la Lituanie jusqu'à Athènes. Nous avons pu amasser la somme de 10000 euros.»

Pédaler, se surpasser
Pédaler 80 à 115km par jour, soit plus de 12 heures, n'était pas toujours évident pour nos jeunes volontaires. Avec leurs vélos offerts par «Beirut by Bike», elles ont sillonné les villes d'Europe. Le 1er «milestone» pour Diane Moussa et Alexandra Lichaa était le trajet de La Lituanie à Varsovie. Du 1er au 6 juillet, elles ont pédalé sans arrêt sauf pour dormir la nuit. Après avoir franchi 400km, Mivida Bou Assi les a rejointes à Varsovie et a repris la route avec elles du 8 au 16 juillet jusqu'à Prague, leur 2e «milestone». Diane et Alexandra continueront seules la dernière étape, de Prague à Munich où elles étaient attendues le 20 juillet. Il fallait respecter le kilométrage fixé par jour et être à temps quoiqu'il arrive.
«On se levait à 6h du matin et on dormait à minuit, raconte Alexandra. Nous étions fatiguées dès le 3e jour, mais il fallait se surpasser et ne jamais abandonner. L'effort intense qu'on mettait sur les routes était beaucoup plus mental que physique. Le vent et la pluie nous ont beaucoup découragées les 10 premiers jours. En nous approchant de l'Allemagne, nous avons pédalé sous un soleil de plomb, par 35 degrés. Quant aux routes, elles n'étaient pas toujours lisses et plates comme on le pensait: faute de voies cyclables, il a fallu souvent pédaler sur du sable, dans des forêts, sur des routes non asphaltées. Le plus dur, c'étaient les élévations qui atteignaient parfois plus de 2200m d'altitude. Là, on devait marcher et pousser nos vélos. Souvent, Google Maps nous renvoyait sur les autoroutes où il était très risqué ou même interdit de pédaler. Nous avons été arrêtées deux fois par la police, en Allemagne et en Pologne. Nous avons également été suivies par des chiens, des vaches et d'autres animaux. On n'arrivait surtout pas à bien manger car on ne trouvait pas toujours de station en cours de journée. Quand on arrivait tard le soir et que les restaurants étaient déjà fermés, on se rabattait sur les barres protéinées offertes par notre sponsor. On a dû surmonter de petites blessures au doigt ou au genou à force de pression, et le manque de sommeil ! Je tombais de vélo parfois quand je m'endormais sans m'en rendre compte.»
«Heureusement que nous étions là pour nous épauler et nous rappeler, l'une l'autre, la raison pour laquelle nous nous étions lancées dans ce projet. Quand la volonté et le moral n'étaient pas au rendez-vous, il fallait que la force mentale reprenne le dessus», avoue Alexandra.

Pédaler, évoluer
«J'aurai recommencé l'expérience de "Lebanon Of Wheels" si je ne l'avais pas accomplie, affirme Alexandra. Maintenant que c'est fait, je voudrais que cela reste "A once of a lifetime experience". Cette aventure, forte en émotions et en fatigue, m'a appris à mieux me connaître moi-même ainsi que mes deux amies. Nos liens se sont encore plus renforcés: nous avons appris à être patientes l'une envers l'autre, à vivre ensemble et à se supporter dans des conditions qui n'étaient pas toujours les meilleures. J'ai appris à avoir confiance en moi et en mes capacités. J'avoue que je n'étais pas sûre que j'y arriverai. Mais j'ai vite compris que lorsqu'on se met quelque chose en tête, on le réalise. Aujourd'hui, je suis fière et contente d'avoir relevé le défi de Lebanon On Wheels», conclut Alexandra.

Facebook et Instagram: Lebanon On Wheels.
Pour vos dons: www.lebanononwheels.com.

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