2008/06/28 Toxico mais pas criminel

27/07/2009

Liban Société & Culture

Toxico mais pas criminel

Depuis 1987, la Journée du 26 juin est consacrée à un combat international contre les drogues. Comme chaque année, à cette occasion, Oum el Nour, ONGlibanaise, a lancé sa campagne sur le thème « Toxico mais pas criminel ». Témoignage d'un jeune drogué.

Le but de cette campagne est de mettre l’accent sur la situation désastreuse des toxicomanes lorsqu’ils sont arrêtés et traités comme des criminels. La loi libanaise sur les stupéfiants stipule que « toute personne abusant de substances illicites est passible de 3 mois à 3 ans de prison. Une grâce peut être accordée si la personne se soumet aux mesures de traitement imposées par le tribunal ». Malheureusement, à l’heure actuelle, vu la rareté des structures de traitement, un toxicomane est incarcéré au lieu d’être soigné. Pour « Les Copains », Georges (28 ans) raconte son parcours de toxicomane et son expérience cauchemardesque et inutile de la prison.

De l’alcool, à la drogue, à la prison

La drogue, je suis tombé dedans à l’âge de 15 ans, explique Georges. « À l’époque, je cherchais à me faire plus d’amis. Pour plaire à certains, faire partie du groupe, je me suis mis à l’alcool, au haschich ou joint… Petit à petit, j’ai glissé vers les pilules, pour toucher ensuite à l’héroïne, considérée comme une drogue dure. C’était tellement simple de se procurer de la drogue : dans la rue, via les dealers et même en pharmacie… Hospitalisé 13 fois, en cure plusieurs fois dont une au Canada, j’ai aussi été arrêté à quatre reprises ».

La prison, un cauchemar inutile

« Une fois, ce sont mes parents, tellement désespérés de me voir replonger dans la drogue et risquer la mort, qui m’ont envoyé en prison, pour me sauver la vie. Ces arrestations relèvent d’un système barbare. J’ai été tabassé parce que les enquêteurs voulaient me faire dire que j’étais un dealer. Traîné d’un bureau à l’autre pour être interrogé, sans la moindre considération pour la souffrance ressentie par le manque, j’ai fini en prison à Roumieh. Là, j’étais enfermé avec des criminels, des prisonniers qui croupissent dans leurs geôles depuis 10, 20 ans, à 6 dans une cellule avec un seul lit en pierre. Résultat : on essaye de se lier avec les plus forts pour survivre et on finit par obtenir de la drogue ».

 

Pas de désintoxication, retour à la drogue

« Comme rien n’est fait au niveau de la désintoxication et du sevrage, la première chose qu’on fait une fois libérés, c’est chercher la drogue, qu’on trouve parfois à la porte de la prison. Si nous voulons nous en sortir, nous avons vraiment besoin d’être entourés, soignés, réintégrés… Le regard des autres, de la société qui ne nous accepte pas, est impossible à supporter. Nous sommes donc condamnés à vivre avec les gens qui sont comme nous. Là, je suis en cure chez Oum el Nour et j’espère que cette fois-ci sera la bonne et que je pourrais ensuite me mettre au travail, avec mon père. Aujourd’hui, si je ne fais pas très attention, je retombe dans la drogue, comme dans une maladie chronique, à vie… »

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