L’eau potable, un droit pour tous les élèves libanais

Nayla Chkaibane | 26/09/2014

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Santé

Un droit que les Rotariens du Liban sont bien décidés à faire respecter. Objectif : ne laisser aucune école publique privée d'eau potable. Dans quelques années, les élèves de 1288 écoles y auront accès. Explications de Nazih Ghattas, président du comité qui gère ce projet.

L'accès à l'eau potable propre est reconnu comme un droit fondamental par l'ONU depuis le 28 juillet 2010. L'eau est vitale pour la survie et la santé de tous les êtres humains et plus particulièrement les enfants. Les besoins en eau des jeunes enfants sont proportionnellement beaucoup plus élevés que ceux des adultes. Il est donc primordial que les élèves puissent boire de l'eau potable dans tous les établissements du pays. Or, 1288 écoles publiques en sont privées. Fidèles à leur devise «servir d'abord», les Rotariens libanais se sont engagés dans ce projet avec, à leur tête, l'ex-gouverneur du district 2452, Jamil Mouawad.

230 écoles déjà équipées

Face à l'ampleur du projet et à son coût énorme (plus de 3 millions de dollars), les 24 clubs Rotary du Liban se sont lancés dans la levée de fonds. 1,2 million de dollars ont déjà été collectés et 230 écoles ont déjà bénéficié de nouvelles installations. Grâce aux systèmes de filtrage, au remplacement des réservoirs, tuyauteries en polyéthylène et robinetteries, les impuretés microscopiques (saleté, rouille, sable), le mauvais goût, les odeurs, les bactéries ont été éliminés. Pour que le procédé de filtration soit permanent, les installations ont été équipées de batteries qui pallient les coupures de courant. Ce sont les jeunes du Rotary, les rotaractiens (18-30 ans) qui ont supervisé les travaux. Par ailleurs, deux villages du Chouf (Amatour et Jdeidet el-Chouf) ont aussi bénéficié d'installations sanitaires leur procurant une eau propre.

Durabilité du projet

Mais le souci principal des Rotariens est de voir ces installations continuer à fonctionner à long terme. C'est pourquoi ils ont signé des accords avec les ministères de la Culture et de la Santé pour octroyer les fonds nécessaires à la maintenance des installations, au fil des années. Dans chaque école, du personnel a été formé pour exploiter, entretenir et réparer le matériel. La Croix-Rouge effectuera régulièrement des prélèvements pour vérifier la salubrité de l'eau.

Impacts

La présence d'eau salubre dans les établissements scolaires diminue les risques de maladies, entraîne une fréquentation régulière des cours et mène donc à une meilleure éducation ; un accroissement du développement social et, à terme, à un accroissement du développement économique du pays. Mis à part l'amélioration de la santé des enfants, l'équipement de l'école en eau potable leur évitera de transporter de lourdes gourdes d'eau potable, limitera aussi l'usage de bouteilles en plastique et réduira donc la pollution.

Eau potable pour tous, un des objectifs du millénaire

Qui dans le monde a véritablement accès à une source d'eau potable? Permettre à chacun de boire de l'eau saine est un long combat qui a abouti en juillet 2010 à l'adoption par 122 pays d'un «droit à un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable d'une eau salubre». Mais ceci ne fait pas de l'eau un bien universel gratuit. En 2012, les Nations unies ont annoncé que l'une des ambitions du septième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) est de réduire de moitié le nombre de personnes privées d'accès à l'eau potable d'ici à 2015. Selon des rapports de l'ONU, datés de mai 2013, 2,4 milliards d'habitants, soit un tiers de la population mondiale, en seraient encore privés. Le bilan est très inégal: la situation s'améliore en Chine, en Inde, mais se dégrade en Afrique subsaharienne, en Ukraine... Dans les villes, la démographie galopante rend le problème insurmontable, en particulier la question de l'assainissement.

La moitié de l'humanité boit de l'eau douteuse

La situation des «sans-eau» semble largement sous-évaluée. Tous ceux qui ont accès à une «source améliorée», autrement dit non partagée avec des animaux et protégée de leurs déjections, sont considérés comme étant bénéficiaires d'une eau potable. En réalité, 3,6 milliards d'humains utiliseraient une eau «qui n'est pas sûre» et plus de 1,8 milliard consomment chaque jour une eau dangereuse.

Conséquence directe: 1,6 million de personnes meurent chaque année de maladies diarrhéiques (et notamment du choléra).

90% de ces personnes sont des enfants de moins de cinq ans, vivant pour la plupart dans les pays en développement.

Des centaines de millions de personnes sont atteintes de maladies plus ou moins graves.

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