«#IWD2015», pour l’égalité hommes-femmes

Stéphanie Jabre | 24/02/2015

Actu Ados

Liban

Le 8 mars prochain, le monde a rendez-vous avec la Journée internationale de la femme qui demeure d'une actualité brûlante tant que l'égalité entre les hommes et les femmes n'est pas atteinte.

«Je souhaite que, dans quelques années, mes enfants ne lisent plus des articles concernant la revendication des droits de la femme, dans le sens que le jour viendra où l'égalité des genres au Liban sera un sujet obsolète, et nous n'aurons plus besoin d'en parler», déclare Me Ziad Baroud, regrettant que le Liban soit encore très loin, de ce qu'on aimerait voir mis en place en terme de consécration de la femme. «Le problème est d'ordre culturel et structurel, au niveau du pouvoir et en société, où hommes et femmes ne sont pas conscients de l'importance de l'émancipation de la femme, et de son rôle», ajoute-t-il, lors d'une rencontre où il nous dévoile le chemin à suivre en vue d'une égalité hommes-femmes au Liban.

À l'origine, une loi électorale

«Quand on voit que les femmes représentent en général 53% des listes électorales, alors qu'elles n'arrivent pas à dépasser les 2% de représentation parlementaire, c'est vous dire combien la situation est dramatique, explique Ziad Baroud. Le problème est structurel et découle principalement de la loi électorale, laquelle loi n'est pas favorable à la participation de la femme au pouvoir. Il nous faut donc une loi électorale qui assure suffisamment de garanties à la femme, pour qu'elle puisse accéder au pouvoir décisionnel. C'est la pierre angulaire de tout changement: une femme qui participe au pouvoir décisionnel, en termes de législation, est une femme qui peut provoquer nombre de changements et d'amendement d'idées innovatrices en la matière.

Il est évident que la femme a pu s'imposer dans le secteur privé et même public par sa volonté, son savoir et ses compétences (par exemple, de nombreuses femmes libanaises sont des magistrats et excellent dans leur métier), mais ce n'est pas suffisant: à partir du moment où la femme sera partie prenante du pouvoir décisionnel, on pourra espérer que sa situation changera. D'ailleurs, un rapport de «Transparency International» datant de quelques années prouve que les pays les moins corrompus dans le monde sont les pays où la femme participe au pouvoir, tels que les pays scandinaves, la Nouvelle-Zélande, etc.

D'où la nécessité d'appliquer le principe du quota féminin qui encouragerait davantage la femme à faire partie du système politique libanais, en garantissant un pourcentage prédéterminé de femmes élues. Ainsi, on pourrait dépasser progressivement tous les préjugés culturels. »

Discriminations stagnantes

«En ratifiant la CEDAW**, en 1996, le gouvernement libanais a toutefois émis des réserves quant au droit à la nationalité, et à d'autres lois touchant au statut personnel, explique Ziad Baroud. Par conséquent, des discriminations à l'égard de la femme persistent au niveau des lois relatives au mariage, à la filiation, à la violence domestique, etc. Une femme battue ou violée au Liban n'est pas suffisamment protégée par la loi, qui varie selon sa communauté religieuse. Elle n'est pas sûre, en s'adressant à la police, d'être écoutée et accueillie. Une hotline existe mais elle est gérée par certaines associations de la société civile, notamment KAFA, qui s'active beaucoup plus que l'État dans la protection de la femme victime, dont le droit à la vie est bafoué.

Par ailleurs, la loi sur la nationalité demeure tout autant problématique: un Libanais qui épouse une non-Libanaise peut lui léguer un an après le mariage sa nationalité, alors que la femme libanaise qui épouse un étranger ne peut lui donner, à lui et à ses enfants, sa nationalité. Si le principe de la filiation pour le lien de la nationalité au Liban se base sur le sang, la filiation par le sang ne passe-t-elle pas par la mère plus sûrement que par le père? Une fois encore, les intérêts politiques et des principes démographiques liés à la question palestinienne freinent l'aboutissement de cette réforme de la loi. C'est un sujet très épineux. Je reste toutefois optimiste, mais à long terme», confirme Ziad Baroud.

La femme arabe

«Il est vrai que dans certains pays arabes, la femme n'existe pas, mais dans d'autres, elle est largement représentée au sein du Parlement: par exemple, au Soudan, le quota féminin existe depuis les années 60. En Tunisie, la loi de 2011 a prévu une parité hommes-femmes, exigeant même une alternance des noms entre hommes et femmes, pour que les femmes ne soient pas en bas de liste. Le Liban est encore loin d'un pays tel que la Tunisie qui a réalisé des pas de géant en faveur de la femme, depuis les années 50, quand Habib Bourguiba a imposé la monogamie, la question du mariage civil, etc.

Le rôle des médias

«Je trouve que les campagnes médiatiques lancées à l'appui des causes qui concernent les femmes en tant qu'êtres humains ont été d'un grand secours, et le fait que les médias aient fait la lumière sur des cas de violence et de violation des droits humains a porté ses fruits. Donc les médias jouent un rôle très positif et de premier plan. Tout comme l'avancée considérable des réseaux sociaux, une véritable révolution dans la réclamation des droits de la femme. C'est-à-dire que si le combat de Laure Moghaizel dans les années 50 avait été soutenu et diffusé par les réseaux sociaux, les résultats auraient été beaucoup plus rapides et efficaces».

Une approche humaine

«Les jeunes d'aujourd'hui ne doivent pas accepter que les choses ne changent pas, mais se révolter contre tout ce qui porte atteinte à leur qualité d'être humain, indépendamment de leur sexe: qu'ils soient homme ou femme est un détail. Les jeunes filles libanaises sont assez responsables et averties de leurs droits, pour œuvrer à une modification de l'état actuel des choses. Les jeunes hommes ont eux aussi la responsabilité de faire changer les choses pour les femmes. Il est essentiel de les impliquer dans ce combat. Car la question des droits de la femme n'est pas une revendication féministe, c'est une question humaine par excellence, qui touche à la dignité de l'être humain. Nous devons donc tous être solidaires dans ce combat », conclut Ziad Baroud.

Les droits de la femme au Liban

1953, droit de la femme de voter et d'être éligible

1959, égalité de l'héritage (pour les chrétiennes. Les musulmanes suivent encore la charia)

1974, droit de circuler et de voyager librement, sans l'autorisation du mari

2011, le crime d'honneur est pénalisé.

 

* #IWD2015 hashtag officiel pour «International Women's Day». En français: #JournéeDesFemmes.

** CEDAW: Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

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