Bigorexie: quand le sport devient une addiction

Stéphanie Jabre | 27/03/2015

Sport

Enquête

Ressens-tu un fort malaise quand tu ne peux pratiquer ton activité sportive? Exerces-tu plus de 10 heures de sport par semaine? Tu as alors le profil des «addicts» au sport, atteints de bigorexie.

Le sport a toujours été conseillé pour guérir de nombreuses addictions: drogues, alcool, Internet, jeux d'argent, jeux vidéo, tabac, etc. Or quand il est pratiqué en excès et sans limites, le sport devient lui-même une addiction, appelée bigorexie, qu'il faut décrypter et soigner dans un centre d'addictologie. La bigorexie est une pathologie reconnue par l'Organisation mondiale de la santé. Le risque de dépendance excessive touche les sportifs amateurs et professionnels. Cette conduite obsessionnelle oblige la personne atteinte à ne plus pouvoir se passer de sport et à se sentir très mal lorsqu'elle ne peut pratiquer son activité sportive. Mais comment naît cette dépendance à l'effort et quelles sont ses conséquences du point de vue comportemental et physiologique?

Du bien-être

Les  bienfaits des activités physiques et sportives sont innombrables: la pratique d'une activité modérée (au moins 3 heures par semaine) ou d'une activité intense (au moins 20 minutes trois fois par semaine) diminue de 30% le risque de décès prématuré. Chez les adolescents tout comme chez les personnes âgées, le sport améliore le bien-être émotionnel et physique, la qualité de vie et la perception de soi. Il améliore la vie des malades chroniques, ainsi que celle de certaines catégories de handicaps. L'activité physique prévient également les maladies cardiovasculaires et réduit le risque de certains cancers. Elle joue surtout un rôle fondamental pour éviter le surpoids.

La source de ce bien-être physique ressenti vient du fait que le sport entraîne une libération d'endorphines qui engendrent une sensation de plénitude, l'extase du sportif ou «runner'shight». Ce bien-être physique devient alors recherché, et ces endorphines qui agissent comme la morphine, déclenchent le désir de ressentir sans cesse ce «plaisir» jusqu'à une tendance compulsive. Ce qui pourrait provoquer une addiction. Mais cela n'est pas la seule explication: les personnes qui pratiquent un sport intensif sont soumises à l'action de ces endorphines sans toutefois en arriver à l'addiction.

D'autres raisons d'ordre psychologique expliquent la bigorexie: les personnes qui pratiquent le sport de manière addictive ont une envie obsessionnelle de devenir minces et musclées, d'améliorer leur esthétique corporelle en modifiant leur apparence. Ou encore, pour augmenter leur estime d'elles-mêmes en repoussant leurs limites physiques d'endurance. La pratique sportive peut finalement combler un vide affectif ou professionnel, ce qui mène à une conduite addictive.

Au déséquilibre

Il est vrai que tout sportif amateur ou professionnel recherche le bien-être et toutes les raisons physiques et psychologiques citées, en pratiquant le sport. Mais comment reconnaître une personne atteinte de bigorexie? La différence se fait au niveau du comportement dans la vie quotidienne: la vie d'une personne «addict» au sport tourne uniquement autour du sport  qui envahit sa vie. Pratiquer son sport devient une obsession qui prend toute la place dans le quotidien, pouvant provoquer des problèmes familiaux et professionnels, puisque tout passe et s'organise après le sport qui devient un vrai rituel. Par exemple, les loisirs se limitent uniquement à la pratique sportive. Certains choisissent même des amis ou partenaires issus uniquement du même milieu sportif. Chez les sportifs professionnels, la dépendance apparaît fortement en fin de carrière où plus d'un tiers est contraint de subir une cure après arrêt de leur pratique sportive.

Les conséquences de la bigorexie sur la personne atteinte ne sont donc pas négligeables puisque le fait de faire du sport devient semblable à la prise de drogue. Autrement dit, lorsque le sportif arrête son sport, on assiste à une baisse très importante des endorphines dans le système nerveux, sources de bien-être, ce qui entraîne des troubles de l'humeur voire des symptômes dépressifs. Pour compenser ce manque, le sportif peut parfois avoir recours à des drogues beaucoup plus nuisibles telles que les drogues dures.

De plus, la très grande quantité de dopamine sécrétée dans le cerveau, lors d'un effort physique intense, peut provoquer des troubles psychiques: délires, hallucinations, schizophrénie, maladie de Parkinson, mouvements anormaux ou somnolence.

Finalement, la bigorexie a des conséquences sur le poids des sportifs atteints qui veulent être toujours plus minces et plus musclés. Ce qui atteint des proportions flagrantes, notamment chez les bodybuilders qui cultivent un «culte du corps». En revanche, un arrêt du sport peut entraîner une prise de poids, ce qui redevient dangereux pour la santé. Il faut donc trouver le juste équilibre et ne pas tomber dans l'excès.

Une addiction «positive»?

Au-delà des bienfaits du sport pour la santé, l'addiction au sport a aussi des conséquences positives sur le corps. La pratique intensive d'un sport peut en effet avoir l'effet d'anesthésiant émotionnel, d'anti-dépresseur qui empêche la réapparition de douleurs psychiques. À travers le sport, le cerveau devient plus alerte ce qui améliore les capacités cognitives. Certains «bigorexiques» ont remplacé en fait une addiction plus grave (drogue, alcool, etc.) par l'addiction au sport qui a beaucoup moins d'effets nocifs sur le corps. On pourrait alors considérer que c'est une solution «positive». Mais l'idéal reste de vivre sans addiction en sachant profiter du plaisir du sport.

Comment agir?

Lorsqu'une personne atteinte de bigorexie, ayant dépassé la phase du déni, accepte l'idée de sa dépendance, elle doit consulter un psychologue ou un médecin addictologue, surtout si la conduite addictive a des conséquences très néfastes sur sa vie personnelle et relationnelle. Il est conseillé alors de suivre une psychothérapie, de diversifier les activités sportives en les pratiquant avec d'autres personnes et non seul. Garder surtout en tête que le sport doit être toujours pratiqué par plaisir et non par obligation.

 

En collaboration avec Antoine Sayegh, Tatiana Bou Zeid, Nour Eid et Hoda Chehadé, Classe S1-G C, Sainte Famille Française – Jounieh.

 

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