Comment défendre son château ?

Patricia ANTAKI-MASSON | 08/07/2015

Patrimoine

Château fort

Un château est un ouvrage défensif par excellence. Mais il ne suffit pas de construire des murs solides pour être en sécurité. Les bâtisseurs ont tout fait pour rendre la tâche impossible aux assaillants en mettant en œuvre, selon les époques, des dispositifs variés.

Le Liban est truffé de châteaux. Qu'ils soient de l'époque médiévale ou ottomane, ils sont dotés d'un grand nombre d'éléments défensifs permettant de résister aux attaques ennemies. Le choix de l'emplacement de la forteresse, le plan adopté, la solidité et la composition des maçonneries, les obstacles empêchant l'approche des murs et surtout des entrées mais aussi la capacité d'attaquer l'assaillant grâce à une série d'orifices meurtriers font de ces édifices des ouvrages fascinants à découvrir.

Des lieux stratégiques bien choisis
Le souci premier qui oriente le choix de l'emplacement d'une fortification est la présence de défenses naturelles. Ainsi, en montagne, une éminence rocheuse est un lieu idéal qui présente le double avantage d'avoir une vue dégagée sur les parages pour voir les attaquants arriver et de rendre l'assaut plus difficile en raison de la pente à grimper, comme on peut le voir au château de Beaufort ou au château de Belhacem, situé à l'est de Saïda. Sur la côte, une île comme à Saïda ou une langue de terre comme à Enfé sont aussi des endroits aisés à défendre. En milieu urbain, en l'absence de telles défenses, le choix se porte sur un angle de la ville, côté mer, afin de pouvoir recevoir facilement des renforts ou au contraire, prendre la fuite, comme par exemple au château croisé de Beyrouth.

Des enceintes à toute épreuve
Une épaisse muraille ceinture le château. Elle est jalonnée de plusieurs tours saillantes, carrées ou rondes, reliées par des courtines. Au sommet de celles-ci, des chemins de ronde offrent aux défenseurs de multiples possibilités de tir.

De massifs donjons pour dernier recours
Le donjon est la tour maîtresse du château, généralement la plus haute et la plus solide des tours. Elle est le dernier lieu de repli lors d'une attaque. Son entrée est parfois placée en hauteur : pour en empêcher l'accès, il suffisait de retirer l'échelle qui y conduisait comme c'est le cas à Jbeil.

Des murs extra solides
Les murs sont impressionnants, surtout dans le cas des forteresses médiévales. Ils sont généralement très épais, et constitués de gros blocs comportant des bossages, c'est-à-dire des bosses plus ou moins saillantes. Pour renforcer la solidité des murs, des colonnes antiques y sont incorporées.

Portes et herses dissuasives
L'entrée du château est défendue par une ou plusieurs portes de bois ou de métal solides. Celles-ci sont parfois associées à une herse, une lourde grille de fer coulissante qui pouvait être abaissée pour empêcher l'accès à la place.

De profonds et larges fossés
La plupart des châteaux sont munis de fossés larges et profonds qui constituent habituellement le premier obstacle, creusé avant les remparts. On peut encore voir celui de Beyrouth, de Jbeil ou de Beaufort ou les deux impressionnantes douves (fossés remplis d'eau) de Enfé. Dans les douves, la hauteur de l'eau dépasse généralement celle d'un homme debout.
Passage interdit : les passerelles et ponts-levis
Protégeant l'accès à l'entrée du château, des passerelles et des ponts-levis aménagés au-dessus de fossés sont relevés en cas d'attaque comme c'était le cas jadis au château de Tripoli ou de Saïda. À Enfé, on peut encore voir la pile qui soutenait un pont.

Orifices meurtriers variés et nombreux
Les orifices aménagés dans les tours et les courtines dans le but de lancer toutes sortes de projectiles sur l'ennemi tout en étant à l'abri sont légion.
Ainsi, les nombreuses archères, ces ouvertures en fente verticale, étroites à l'extérieur et évasées à l'intérieur permettaient aux archers et aux arbalétriers de tirer leurs flèches ou leurs carreaux dans plusieurs directions. À Baalbeck, la forteresse médiévale qui occupe l'emplacement des temples romains est percée de belles archères à niche aux formes variées. Plus tard, à l'époque ottomane, l'usage des armes à feu s'accompagne de percement de canonnières, des meurtrières plus larges que les archères, comme on le constate au château de Tripoli.
Pour assommer l'agresseur à partir du haut avec toutes sortes de projectiles et de liquides bouillants, ce sont des bretèches et des mâchicoulis qui sont aménagés, ces structures soutenues par des corbeaux et construites en surplomb au sommet des remparts, particulièrement au-dessus des portes. Il en subsiste des vestiges au château de la mer de Saïda, à Jbeil et à Tripoli.
Sur la terrasse, les sommets sont couronnés de créneaux qui permettaient de tirer puis de se cacher derrière les merlons. En se tenant derrière le crénelage reconstitué du château de Jbeil, il est facile d'imaginer les batailles qui se déroulaient alors.

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