Les plus anciennes écoles de Beyrouth

Patricia ANTAKI-MASSON | 30/09/2015

Patrimoine

Façade du Collège patriarcal. Photo Karim Paul Habet

Monuments

La plupart des écoles de Beyrouth ont vu le jour à la fin du XIXe siècle. Depuis, elles ont parfois changé de lieu, de nom, de propriétaire; elles se sont agrandies et ont essaimé afin d'accueillir un nombre croissant d'élèves. Retour sur leurs débuts.

À la fin du XIXe siècle, Beyrouth, nouvelle capitale du Liban, est en plein essor économique et culturel. Les ordres religieux s'y trouvent en grand nombre: chacun d'entre eux cherche à propager sa foi et ses valeurs respectives à travers la création d'établissements scolaires. Ceux-ci relèvent principalement des ordres catholiques, protestants, orthodoxes et sunnites, en plus de quelques initiatives à caractère privé. Les écoles locales côtoient celles, plus prestigieuses, dirigées par des missionnaires étrangers. Au tournant du siècle, 40000 enfants sont ainsi scolarisés.

Les écoles locales
• Deux écoles grecques-orthodoxes
L'une des plus anciennes écoles de la capitale appartient à la communauté grecque-orthodoxe. Fondée en 1835, elle est implantée à l'origine au centre-ville, près de la cathédrale saint-Georges. Ce n'est que bien plus tard, en 1911, qu'elle est transférée à son emplacement actuel, à la montée Accaoui, dans un bâtiment datant de 1860, occupé alors par l'ancien hôpital saint-Georges. Le nom de l'école, «Thalathat Aqmar» ou «Trois Docteurs» fait référence aux trois saints patrons des éducateurs: Jean Chrysostome, Basile le Grand et Grégoire le Théologien.
Cette première école étant destinée aux garçons, il en fallait une deuxième pour les filles. Grâce à la volonté d'une moniale, Labibé Gehchane, l'association Zahret el-Ihsan ou Fleur de la charité est créée en 1880 et une école est construite en 1895. La notoriété de l'établissement s'accroît très vite en particulier grâce aux efforts d'une figure phare de l'association, Émilie Sursock.

• Un collège patriarcal pour les grecs-catholiques
Sous l'impulsion de son patriarche, Mgr Grégoire Youssef, la communauté grecque-catholique se dote en 1865 de son propre établissement dans un des nouveaux beaux quartiers résidentiels de la ville, Zokak el-Blat.

• «La Sagesse» maronite
La célèbre institution maronite «Al-Hikmat», «La Sagesse», est fondée en 1875 par l'évêque de Beyrouth, Monseigneur Joseph Debs, sur les hauteurs d'Achrafieh, face à la mer, pour un coût de 30000 pièces d'or. Elle accueille sur ses bancs à partir de 1898 et pendant quatre ans, le poète Khalil Gibran.

• Les Maqâsid de la communauté sunnite
En 1878, des notables sunnites de Beyrouth fondent une association, «Al-Maqâsid al-khairîya al-islâmîya». La première école est établie en 1880 à Ras el-Nab' et est destinée à l'enseignement des filles. Au fil des années, les Maqâsid connaîtront un grand succès à la fois comme institut éducatif et comme centre médical.

• Un établissement juif
Fondé par le grand rabbin Zaki Cohen en 1869, un établissement privé d'enseignement primaire et secondaire à destination des garçons ouvre ses portes au centre-ville, dans le quartier de Wadi Abou-Jmil. Une deuxième école de filles ouvre ses portes dix ans plus tard. Portant au début le nom de son fondateur, l'école est rebaptisée en 1899 «Alliance Israélite Universelle de Beyrouth».

Les écoles des missions étrangères
• La présence protestante
L'une des institutions les plus huppées (et les plus chères) de l'époque est sans nul doute celle dirigée par des sœurs allemandes hospitalières connues sous le nom de Diaconesses de Kaiserswerth. Fondé en 1862 à Starco, au centre-ville, ce collège-orphelinat accueille officiellement les filles mais reçoit également les garçons. Toutefois, suite à la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale, les soeurs allemandes sont expulsées et l'école passe entre les mains des Français, devenant dès 1927 le Collège Protestant Français.
L'université des missionaires américains, le Syrian Protestant College (futur American University of Beirut) qui ouvre ses portes en 1866 ne propose de cours préparatoires qu'à partir de 1871 et ce, seulement dès l'âge de 10 ans.

• Les Jésuites, du collège à l'université
Suite à la décision de transférer leur séminaire de Ghazir vers la capitale, les Jésuites érigent à Beyrouth en 1875 le collège Saint-Joseph. Les élèves y sont admis à partir de 12 ans. Le titre d'université lui sera conféré en 1881 par le pape Léon XIII.

• Dans le sillage des Lazaristes
Les Lazaristes de la société saint-Vincent de Paul fondent en 1861 une école de garçons gratuite. Mais en 1890, les Frères des écoles chrétiennes, un ordre fondé par Jean-Baptiste de la Salle, en prennent la relève. Elle deviendra le célèbre Collège du Sacré-Cœur de
Gemmayzé.
La branche féminine de l'ordre des Lazaristes, les filles de la charité, est, elle, présente à Beyrouth dès 1844 et s'occupe des pauvres et des nécessiteux. Parmi leurs nombreuses œuvres, elles comptent à leur actif l'ouverture de plusieurs écoles dans la ville. Quant à l'école actuelle de Aazariyé, à Sassine, elle ne vit le jour qu'en 1950.

• Les Dames de Nazareth
C'est en 1868 que la supérieure des Dames de Nazareth, Mère de Vaux, débarque à Beyrouth pour y ouvrir un établissement à destination de filles de la classe aisée. Après avoir occupé une belle résidence, le «château bleu», et en raison du succès grandissant de l'établissement, l'école est transférée sur les hauteurs d'Achrafieh. Après moult péripéties relatives à l'achat du terrain et au financement des travaux, le bel édifice aux murs crénelés reçoit enfin ses premières élèves en 1877.

• Les sœurs de saint-Joseph de l'Apparition
La congrégation des sœurs de saint-Joseph de l'Apparition s'installe à Beyrouth en 1847 à Zokak el-Blat. Après avoir occupé une misérable maison et y avoir accueilli plusieurs élèves, les sœurs reçoivent de la part du consul l'ordre de fermer la classe et de quitter la mission. Mais elles reviennent en 1872 plus déterminées que jamais à poursuivre leur œuvre et se réinstallent dans le même quartier.

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