Marathonien un jour, marathonien toujours

Nayla Chkaibane | 23/10/2015

Sport

Marathon de Beyrouth

Plus de 35000 participants chaque année, mais pas plus de 700 athlètes au départ des 42,195 km. Le challenge de l'Association du Marathon de Beyrouth est d'attirer beaucoup plus de Libanais vers cette épreuve, d'où le programme d'entraînement «Beirut 542». 5 pour les 5 entraîneurs et 42 pour les km du marathon.

Cette année, une centaine de néophytes ont intégré une des cinq équipes, entraînées par cinq volontaires depuis juillet dernier. Un seul but : franchir la ligne d'arrivée de l'épreuve reine le 8 novembre prochain. Junior a rencontré Alma et ses jeunes coureurs.

Alma Khadra, 36 ans, coach
Diplômée en sciences politiques et en gestion, elle a tout abandonné pour le sport. Après avoir monté son studio de sport à Verdun, elle s'est mise au marathon en 2008. Depuis juillet, elle a pris en charge une vingtaine de personnes de tous horizons et tous âges: hommes d'affaires, hôtesse de l'air, designer, étudiants... Ils commencent tous à «zéro», s'entraînent 3 fois par semaine à 6h du matin et le dimanche, ils travaillent l'endurance. Chaque semaine, la distance parcourue dans les rues de Beyrouth est plus longue. Début octobre ils en étaient à 30 km et le maximum qu'ils vont courir avant la compétition est de 38 km. Les deux derniers week-ends ils redescendront à 21 km pour reposer leur corps. Mais grâce à la mémoire des muscles ils n'auront pas de problème à courir les 42 km le 8 novembre. Au sein de l'équipe, de petits groupes de même niveau se sont formés et chacun court avec un «buddy». Pour Alma, mis à part l'entraînement, la clé de la réussite réside dans la force mentale et la patience: continuer à courir même si on se sent lâcher, on s'ennuie... Alma a choisi de faire courir son groupe pour le «Children's Cancer Center of Lebanon». Des t-shirts et des bracelets «team Alma» ont été imprimés. Objectif: convaincre les Libanais qu'ils peuvent faire aussi bien que les Européens, augmenter le ratio marathoniens/population et découvrir des talents.

Rawad Yared, un surdoué de 17 ans
Rawad rêvait de marathon depuis deux ans. Attiré par l'épreuve sur les médias et réseaux sociaux, il découvre qu'il n'a pas l'âge requis pour participer aux entraînements. Il ronge son frein et ses 17 ans fêtés, il s'inscrit avec Beirut 542 au sein de l'équipe d'Alma. Mais ce fan de course sur 800 m et 1000 m va vite découvrir que le marathon est une course complètement différente. Depuis juillet sa vie est rythmée par les entraînements. Quatre fois par semaine, il se réveille à 5h pour courir avec l'équipe avant d'aller retrouver ses camarades sur les bancs de l'école. Des camarades sceptiques mais surtout curieux de voir s'il va réussir à passer la ligne d'arrivée. «C'était très difficile au début, explique Rawad. Je devais me contrôler en permanence, ne pas aller trop vite, garder de l'énergie. J'ai perdu du poids et j'ai dû développer d'autres muscles. Heureusement, mes parents sont mes plus fidèles supporters: ils suivent mon rythme, se réveillent à l'aube, m'accompagnent partout, me suivent en voiture et ma maman me mijote les plats qu'il faut.» Passionné par la course à pied, il se plonge systématiquement dans les livres ou sur Internet à la recherche d'infos sur les coureurs, leur morphologie, leur régime alimentaire... et d'astuces pour s'améliorer.
Autour de lui, nombreux sont ceux qui critiquent le principe de courir un marathon à 17 ans. Mais comme pour le conforter dans ses choix, c'est un jeune Érythréen de 19 ans, Ghirmay Ghebreslassie, qui a remporté le marathon aux Mondiaux d'athlétisme à Pékin, le 22 août 2015. Du jamais vu, sachant que le meilleur âge pour exploser sur un marathon se situe à la fin de la vingtaine, début de la trentaine. Pour Alma, Rawad a un don réel et la course dans le sang. Il ne s'entraîne pas juste pour finir mais pour faire bien mieux! Finira-t-il l'épreuve des 42 km? Réponse le 8 novembre.

Lara Mourtada, 17 ans
À la recherche d'une activité l'été dernier, elle est tombée sur Beirut 542. Elle a embarqué sa sœur jumelle Aline et son père dans l'aventure. Comme elle n'habite pas Beyrouth, et depuis la reprise des cours à l'école, elle fait ses «speed trainings» avec sa sœur dans la rue, après les cours, et se joint au groupe les dimanches. «Sans ma sœur je n'y serai pas arrivée: j'ai besoin de compagnie quand je cours, ça me stimule. À l'école, mes amis ne comprennent pas que je m'épuise à courir. J'essaye de les encourager en leur disant que l'esprit d'équipe est formidable. C'est une vraie famille. Après les entraînements, je rentre à la maison pleine d'énergie, je mets de la musique et danse. Finalement j'ai tiré trois bénéfices de cette expérience: aller au bout de moi-même, frayer avec d'autres coureurs et connaître les routes du Liban.

 

 

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