Le hibou, créature mal jugée

Victoria Tabcharany | 15/12/2015

Environment

Animaux

Ornithologue réputé, le docteur Ghassan Jaradi nous dit tout sur ce volatile, dont la réputation nourrit depuis longtemps les craintes superstitieuses.

Depuis l'ancienne mythologie, le hibou est perçu comme un mauvais présage. Dans bien des cultures, il représente la mort, l'enfer, ou les esprits. Pour les Romains, par exemple, il signalait un désastre imminent. On raconte qu'à la mort de Jules César, Augustus et Agrippa ont été prévenus par des hululements. Cependant, selon le docteur Jaradi, un hibou a besoin d'endroits calmes, comme les cimetières ou les maisons abandonnées, afin de détecter ses proies nocturnes grâce à son ouïe. Pour cette raison, il est associé à la mort. Heureusement, sa triste réputation est loin d'être universelle. En Europe, il est symbole de sagesse et porte-bonheur.

Une aversion injustifiée
Le hibou se nourrit de rats, de taupes et de campagnols. Sans lui, le nombre de rongeurs augmenterait considérablement. Comme ceux-ci se nourrissent de grains et d'herbe, l'agriculture en serait affectée. De plus, ces ressources ne tarderaient pas à se raréfier, et les rongeurs à mourir. Sans hiboux, la chaîne alimentaire toute entière souffrirait.
Au Liban, les chasseurs avertis ont cessé de persécuter ce majestueux prédateur, si essentiel à l'écosystème. Malheureusement, les plus ignorants continuent à le prendre pour cible, l'accusant à tort d'attaquer le gibier. Le hibou est aussi victime des activités agricoles et forestières de l'homme qui l'exposent à des substances chimiques toxiques. Plusieurs espèces de hiboux risquent d'être décimées, comme la chevêche des terriers, empoisonnée à l'insecticide Carbofuran. Le développement urbain, industriel et agricole demeure le plus grave danger menaçant le hibou, car il dégrade son habitat naturel. Ceci entraîne sa diminution et parfois même, sa complète disparition de plusieurs zones.
Il existe huit espèces de hiboux au Liban. L'effraie des clochers habite à différentes altitudes, depuis le niveau de la mer jusqu'en haute montagne. La chouette hulotte préfère les bosquets de cèdres, de pins et de chênes. Le petit-duc niche dans les ravins et les vallées, favorisant particulièrement la Békaa. Il y a aussi le moyen-duc, le grand-duc, le kétoupa brun, la chevêche d'Athéna et le hibou des marais.
Les observateurs d'oiseaux et les naturalistes sont fascinés par ces créatures mystérieuses et insaisissables. Il reste à espérer que leur passion se transmettra à leur entourage, et vaincra les superstitions qui ternissent la réputation de ces bienveillants volatiles nocturnes.

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